Wednesday, April 1, 2009

Forger un autre avenir pour les Israéliens et les Palestiniens

“Je me raisonne pour ne pas péter les plombs”. “J’exprime ma colère de façon sensée”. “Je pense”. Tels sont les mots que nos enseignants de l’école de Qurtuba à Hébron, cette ville de Cisjordanie occupée par Israël, répètent à l’envi à nos élèves palestiniens.

Depuis la guerre qui vient de frapper Gaza, tout ce qui est interaction non violente en direct est particulièrement ardu. Mais en travaillant avec les élèves de l’école de Qurtuba, je suis convaincue que je peux apporter quelque chose à l’établissement d’un avenir pacifique et sécurisé pour la prochaine génération, Palestiniens et Israéliens confondus, en partant de la base.

Quand on circule dans Hébron, surtout dans la rue Al-Shuhada, où se trouve la colonie israélienne de Beït Hadassah, c’est comme si on se promenait dans un champ de mines.

Quand les enfants arabes se rendent à l’école, est-ce qu’ils savent vraiment comment se comporter dans ces quartiers où les colons risquent de leur jeter des pierres s’ils se fourvoient là où ils ne devraient pas être ? Pas forcément. C’est pourquoi, nous apprenons à nos élèves que répondre par la violence ne fera qu’ajouter à la violence. C’est un cycle sans fin.

Et c’est ainsi que j’ai instauré dans mon école les principes de la non violence.

Premier principe. Les enfants apprennent à connaître leurs droits civiques. Ils savent désormais que si les colons les attaquent, ils doivent appeler la police israélienne à la rescousse. Notre établissement se trouve dans le quartier H2, sous contrôle israélien, alors que le quartier H1 est sous la juridiction de l’Autorité Palestinienne. À H2, c’est à l’administration israélienne qu’il incombe d’assurer la sécurité des civils.

Lorsqu’un incident se produit dans l’enceinte scolaire, nous appelons la police israélienne, démontrant ainsi aux enfants qu’il vaut mieux faire appel aux autorités que de répondre par la violence. En principe, la police intervient rapidement. En cas de retard, nous appelons des organisations comme le CICR (Comité International de la Croix Rouge), ou le TIPH (Présence internationale temporaire à Hébron), ou enfin les médias. Les enfants, qui n’en perdent pas une, apprennent, retiennent.

Deuxième principe. Nous donnons à nos ados la possibilité d’exprimer leur colère et leur humiliation sur le papier ou par le jeu, ces précieux supports grâce auxquels nous les aidons à raisonner leurs émotions et à les canaliser.

Troisième principe. Nous veillons rigoureusement à ne jamais instrumentaliser nos élèves dans ce conflit. Dans notre école, nous estimons que les enfants ne doivent pas participer aux manifestations contre l’occupant parce qu’ils sont des cibles trop faciles. Il faut qu’ils puissent profiter de leur enfance et choisir eux-mêmes leurs options politiques quand le temps sera venu.

Je fais le voeu que ces quelques grands principes puissent apprendre à la prochaine génération de dirigeants palestiniens à se servir de leur tête et à défendre leurs droits par la non violence, créant ainsi un avenir pacifique pour eux-mêmes et pour leurs voisins.


… et ils transformeront leur crainte en confiance par Nira Lamay

Jérusalem – “Les générations présentes devraient préserver les générations futures du fléau de la guerre. A cette fin, elles devraient éviter d'exposer les générations futures aux conséquences dommageables des conflits armés ainsi que de toutes autres formes d'agression et d'usage des armes qui sont contraires aux principes humanitaires.”

Ce passage de la déclaration de l’UNESCO de 1997, relative aux responsabilités que nous avons envers les générations futures, est simple et clair. Il a constitué le fondement de la commission parlementaire israélienne pour les générations futures, organe professionnel et apolitique de la KNESSET qui conseillait le Parlement sur les incidences de la législation sur les générations futures.

J’ai travaillé moi-même au sein de cette commission, qui a vécu de 2001 à 2006. Le temps que j’y ai passé inspire aujourd’hui ma conduite, et ces mots configurent ma propre activité pour l’avènement d’une paix pour les Israéliens et pour les Palestiniens.

La mission de la commission ne portait ni sur la politique, ni sur les affaires étrangères, ni sur les questions militaires ou de défense. Notre objectif était de préserver nos ressources pour les générations futures. Selon notre devise, tandis que le monde politique s’occupait de la défense et de la guerre, nous préparions, nous, la “paix du lendemain”, pour le jour où les générations futures pourraient boire de l’eau propre et respirer un air pur.

Je me demande parfois s’il y aura un “lendemain”. La guerre de Gaza que nous venons de traverser m’a fait comprendre que nous ne jouissons pas encore des luxes dont disposent la plupart des autres pays, là où la conservation des ressources et la préservation de l’environnement peuvent être prioritaires. Nous en sommes encore à un état presque primitif de survie.

J’ai aussi compris que les professionnels que nous sommes et qui avons l’expérience de notre système politique devraient tirer parti de leurs connaissances pour changer le système. Par conséquent, même si le travail de terrain nous appelle, nous ne pouvons nous désintéresser du politique. La mission politique qu’est la recherche de la paix est trop précieuse pour qu’on la laisse aux politiques.

Ensemble, Israéliens et Palestiniens, nous devons revendiquer notre droit à changer et à créer notre propre avenir. Tout récemment, j’ai ainsi eu l’occasion de participer à une activité de construction de la paix sur le terrain, dans le cadre d’un livre magique intitulé 60 Years, 60 Voices “, organisé par l’association à but non lucratif Peace x Peace, qui rassemble des femmes du monde entier pour faire avancer le dialogue, l’entente et la collaboration. Cette action a ainsi réuni 30 femmes israéliennes et 30 femmes palestiniennes afin de faire fructifier leur foi en un avenir meilleur pour les Israéliens et pour les Palestiniens. J’ai eu la chance d’être une de ces femmes.

Au niveau du terrain, le chemin est encore long. Mais nous devons poursuivre nos efforts pour transformer la peur, et la peur de la peur, en confiance, non seulement entre les deux gouvernements, mais plus encore entre les deux peuples.

Par
Reem Al-Shareef et Nira Lamay et Nira Lamay.
Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), www.commongroundnews.org