Friday, September 12, 2008

Le monde arabe doit accueillir les Jeux olympiques

Par Philippe Douste-Blazy, Secrétaire général adjoint des Nations unies pour les financements innovants.

Les Jeux olympiques demeurent sans aucun doute le plus grand événement sportif, de par leur capacité à mobiliser toutes les nations du monde autour des valeurs véhiculées par le sport. Ainsi, tous les quatre ans, la planète vibre au rythme des exploits des athlètes venus du monde entier. Cela fait aujourd'hui cent douze ans qu'il en est ainsi.

De nombreuses villes européennes, américaines et asiatiques ont eu le privilège d'être choisies pour l'organisation de ces Jeux. D'autres régions du monde, en revanche, n'ont encore jamais eu cette opportunité. C'est le cas notamment du monde arabe, qui demeure l'une des seules aires géographiques et culturelles, avec l'Amérique latine et l'Afrique, dans cette situation.

Mais au moins l'Amérique du Sud a-t-elle eu la chance d'organiser à plusieurs reprises sur son sol la Coupe du monde de football, l'autre grand événement sportif majeur. Et en 2010, pour notre plus grande joie, ce sera au tour de l'Afrique du Sud d'accueillir les plus grandes stars du ballon rond.

Pourtant, les candidatures arabes n'ont pas manqué tout au long de l'histoire, en particulier celles de villes égyptiennes, comme Alexandrie (JO de 1916 et de 1936) ou Le Caire (JO de 2008). Mais elles n'ont jamais été retenues. Cette fois-ci pourtant, pour l'organisation des JO de 2016, le monde arabe y croyait. La candidature de Doha, la capitale du Qatar, bénéficiait d'une réelle crédibilité. En effet, Doha est devenue au fil du temps la capitale sportive du monde arabe. Le Qatar avait su se doter d'infrastructures sportives des plus modernes et avait brillamment organisé les Jeux asiatiques de 2006. D'ailleurs, selon un document rendu public par le CIO il y a tout juste quelques jours, sa candidature était classée troisième, derrière Tokyo et Madrid, mais ex æquo avec Chicago et devant Rio, Prague et Bakou.

Mais la commission exécutive du CIO ne l'a pas entendu ainsi. Le 4 juin dernier, le CIO a écarté la candidature qatarie. Ne restent désormais en lice pour la phase finale que Chicago, Madrid, Rio et Tokyo. Le principal argument avancé ? Les dates et la chaleur qui sévit l'été dans la région. Conscients de ce problème, les Qataris avaient pourtant demandé, à titre exceptionnel, à organiser les Jeux du 15 au 30 octobre. Cette règle, de fait, et quoi qu'en dise le CIO a posteriori, interdit au Moyen-Orient et à un certain nombre d'autres villes d'organiser l'événement sportif le plus universel et le plus populaire au monde.

Injuste sur le plan historique, injustifié d'un point de vue tech­nique, le rejet de la candidature de Doha constitue également une occasion manquée sur le plan symbolique et politique. En effet, cette candidature portait en elle un encouragement à l'apaisement au Moyen-Orient, une zone troublée depuis trop longtemps, et constituait un atout supplémentaire au Proche-Orient. Car, à l'endroit des Israéliens, il n'y a jamais eu d'équivoque de la part du Qatar dans sa volonté d'ouverture. Comme l'a affirmé le président du comité de candidature de Doha : «Israël fait partie de la région et du mouvement olympique ; nous avons signé la même charte et les Israéliens ont participé aux Jeux précédents : ils y auront donc toute leur place.»

Doha, c'était aussi un engagement fort pour la paix et le dialogue. C'est d'ailleurs là que les Libanais, tout récemment, ont réussi à trouver un consensus pour éviter que leur pays ne sombre à nouveau dans la guerre civile.

L'annonce de la sélection de Doha, parmi les villes finalistes pour l'organisation des JO de 2016, aurait donc été perçue comme un signe fort d'encouragement pour l'ensemble du monde arabo-musulman, et en particulier pour le Proche et le Moyen-Orient. En écartant la candidature qatarie de façon prématurée, le 4 juin dernier, on a perdu une occasion : celle de créer un précédent historique, en permettant à une capitale arabe d'être parmi les finalistes pour l'organisation des JO, mais aussi de contrer les radicaux qui savent habilement exploiter le sentiment d'humiliation et de frustration dans cette partie du monde. Voilà pourquoi Doha 2016 demeure incontestablement une occasion manquée pour le dialogue et pour la paix. Espérons que le CIO en tiendra compte pour les prochains grands rendez-vous.


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